Le travail en 2050

Le travail en 2050

Préambule :

Contexte : Voici le 3ème épisode de notre série ultra-prospective Ma vie en 2050, consacré au commerce et à l’activité professionnelle

Mise en garde : Toutes les situations présentées sont hypothétiques et imaginées par notre équipe. Bien qu’elles soient fondées sur des projets réels – présentés à la fin de l’article dans la rubrique « Signaux faibles » – elles ne sont en aucun cas un miroir exact de la vie en 2050.

Objectif : Notre série a pour vocation de susciter des interrogations et d’ouvrir la réflexion à notre vie future… et les insights présents en dernière partie nous montrent bien qu’il s’agit d’un futur proche !

Retrouvons notre cher Maxime :

Maxime, que vous avez rencontré dans notre article introductif Ma journée en 2050, est parisien. Il a 35 ans et travaille en tant que marketeur pour Adidas et Truffaut. Aujourd’hui, quasiment tout le monde travaille pour des clients différents en même temps. Cela permet d’avoir une vision plus ouverte et d’être plus agile dans son travail. La freelancisation de l’économie a été un tournant majeur des 30 dernières années.

Quand Maxime se rend au travail…

Quand il va travailler, Maxime se rend dans le centre de partage Co-players Paris (franchise) du 3ème arrondissement. Maxime partage les lieux non pas avec ses collègues de Truffaut et Adidas, mais avec des scientifiques, artistes et philosophes. Cela l’aide à prendre du recul sur ses projets. Il partage ensuite ses idées et réflexions avec ses collègues par conférence holographique, c’est très pratique. Tout le monde travaille de cette manière aujourd’hui – du moins tous ceux qui ont choisi d’avoir une activité rémunératrice et de ne pas se contenter du revenu universel.

Dans tous les cas, c’est très plaisant d’aller sur la plateforme Co-Players puisqu’on ne fait pas qu’y travailler ! De nombreux loisirs sont proposés. Maxime y fait au moins 3 activités par semaine. Cela permet de changer de cadre, de rencontrer d’autres personnes et ainsi de générer des idées nouvelles.

(cf insight#1 : les hologrammes intégrés dans la pièce)

Quand Maxime imagine des projets

Quand Maxime et son équipe imaginent des projets, ils commencent par faire appel aux fans de la marque pour connaître leurs attentes et leurs envies. Les marques fortes misent énormément sur le crowdsourcing pour que les consommateurs se sentent plus proches de la marque. Une fois les idées récoltées et les demandes analysées, les équipes travaillent – avec l’assistance d’intelligences artificielles – au développement de nouveaux produits. Quasiment tous les projets sont portés par des consommateurs qui ont eu une idée géniale ou envie de s’impliquer dans un projet. Cela permet d’avoir des équipes mixtes avec des regards différents.

Les premières idées sont souvent dessinées à main levée en 3D avec les Tilt brushes. Ensuite, les micro-usines à disposition fabriquent à la demande les prototypes (cela prend en moyenne 2 minutes 30 pour une chaussure de sport multi matériaux).

Quand Maxime et son équipe de Truffaut développent de nouvelles espèces de plantes,  ils utilisent des logiciels dédiés qui simulent virtuellement leur croissance en fonction des modifications génétiques que l’on pourrait appliquer. Des hologrammes nous montrent en accéléré comment grandirait la plante en fonction de la modification : pas besoin d’attendre 10 ans pour savoir quelle taille la plante imaginée atteindra ! Quand le résultat est satisfaisant, ils utilisent la technologie CRISPR qui permet de couper des parties de gènes dans l’ADN des êtres vivants pour modifier leur comportement.

De manière générale, la disparition des interfaces (écrans etc.) a considérablement réduit les contraintes. Cela a eu un impact positif sur notre capacité créative. On peut s’exprimer à tout endroit, en modélisant virtuellement ce à quoi on pense. Du coup, les idées sont beaucoup plus rapidement comprises par nos collègues ou co-players. Ils peuvent alors nous faire des retours et ainsi faire évoluer le concept plus rapidement que dans les années 2010-2020 (les personnes avaient beaucoup plus de mal à communiquer !).

(cf insight #2 : le dessin virtuel en 3D)

Technique zéro échec : des tests conso… artificiels !

Une fois les produits conçus, les idées de projets sont envoyés en tests cognitifs à un panel virtuel. Les panelistes sont des intelligences artificielles correspondant aux différents profils types de nos consommateurs. Ces IA récoltent en temps réel sur le cloud les données concernant les habitudes de consommation et le comportement des clients. En fonction de ces évolutions, les panelistes artificiels projettent les réactions probables des clients face à tel ou tel produit. Si les retours sont positifs, on lance la commercialisation des produits.

Nos équipes travaillent à pouvoir envoyer les tests directement aux bots cérébraux de nos clients 5 étoiles sans qu’ils s’en rendent compte, grâce à des micro-bots circulant dans notre cerveau et analysant les connexions nerveuses, les synapses. En attendant la perfection de cette technologie, les panels virtuels sont très utiles !

(cf insight #3 : les bots circulant dans notre cerveau)

Quand on commercialise les produits :

Mis à part les produits authentiques que les gens achètent lorsqu’ils flânent le weekend, on ne vend pratiquement plus de « vrais » produits aujourd’hui. En réalité, nous vendons des fichiers à télécharger pour que les micro-usines personnalisées (anciennement appelées « imprimantes 3D ») fabriquent chez nous les produits désirés. Cela facilite largement la logistique et évite le gâchis de produits invendus dont on peut lire les récits dans les banques d’archives!

Les fichiers téléchargés sont pratiques car modifiables : on peut ajouter avant la fabrication une broderie, un détail, une couleur… pour avoir un produit unique et personnalisé. Par ailleurs, pour les vêtements, le programme téléchargé s’ajuste automatiquement en fonction de la morphologie de la personne. Chaque pièce est ainsi taillée sur mesure.

Service-après-vente, bonjour !

Une fois les produits fabriqués grâce aux micro-usines personnelles, ils sont utilisés au quotidien. Les remarques et suggestions d’amélioration auxquelles pensent les consommateurs sont directement transmises aux bots des marques. Ces bots actualisent les data et en font part aux concepteurs de ladite marque. C’est ainsi que Maxime et ses collègues d’Adidas vont imaginer la prochaine paire de baskets… Voilà, la boucle est bouclée, nous avons vu toute la chaîne de la conception d’un produit, qui repose donc majoritairement sur la co-création !

Et pour la production, comment ça se passe ?

La production à domicile, grâce à des cartouches manufacturées par des robots

Si les modèles des produits se sont digitalisés, il n’en reste pas moins que ce sont des matériaux réels qui les rendent concrets. Nous achetons ces matériaux sous forme de « recharges » pour nos micro-usines. Au début de la technologie, nous achetions des bobines de matière plastique, mais aujourd’hui, les recharges sont des cartouches cubiques (très pratiques pour le stockage dans nos entrepôts domestiques) et nous pouvons utiliser des centaines de matériaux différents !

Comment et où sont fabriquées ces cartouches ? Dans des usines 4.0 entièrement gérées par des robots. Ces usines sont localisées à la campagne pour laisser plus de place aux humains dans les villes. En effet, les métiers créatifs et stratégiques ont progressivement pris une place de plus en plus importante chez les humains et dans les villes. Au contraire, les métiers de production ont suivi la tendance inverse et ont été remplacés dans la plupart des situations par des robots, dans des usines décentralisées. Tous les véhicules étant énergétiquement autonomes, ce n’est pas un souci de faire voyager les cartouches pour qu’elles rejoignent les villes ! Cela laisse également de la place en centre-ville pour la culture de produits ultra-frais.

Toutes les livraisons sont faites consommateur par consommateur pour une logistique simplifiée, allant droit au but. La plupart du temps, la livraison s’effectue par drone pour que les cartouches arrivent directement à notre étage dans le sas desservant notre entrepôt domestique.

Concernant les emballages produits, ils ont quasiment disparu. Toutefois, quand nous avons vraiment besoin d’emballages, nous utilisons un matériau parfaitement écologique fabriqué à partir de cultures de mycéliums.

(cf insight #5 : l’impression multimatériaux , insight #6 : l’impression 3D de verre transparent, insight #7 : impression 3D de métal et insight #8 : l’impression 3D de céramique)

Nos mille et une vies professionnelles

Rappelons-nous que Maxime a été urbaniste, codeur agricole et mathématicien avant de travailler dans le marketing et le développement produit. Chacun se forme au fur et à mesure de sa carrière et change de métier, pour avoir une expérience plus variée et plus épanouissante car moins lassante. C’est également bénéfique côté business. Par exemple, dans le cas de Maxime, son expérience d’urbaniste lui permet d’intégrer les enjeux de la ville dans la conception des baskets et plantes ! Cela permet aussi d’appartenir à des réseaux différents qui font circuler les idées et informations plus vite et plus loin. Ces communautés qui s’enchevêtrent sont aussi des lieux sociaux et pédagogiques : Maxime partage régulièrement son expertise et son expérience aux codeurs agricoles d’aujourd’hui. Mardi dernier, il est intervenu pour parler de l’échec de son projet d’hortensia-tournesol.

Conclusion :

En bref,

La vie professionnelle et le monde du travail ont bien changé depuis les années 20. Tout d’abord, tout le monde n’a pas d’activité professionnelle puisque nous avons le revenu universel. Le travail n’ayant plus une vocation alimentaire, tous les travaux « pénibles » ne sont plus effectués par des humains. Les robots nous rendent bien service de ce côté-là ! Aussi, les métiers sont davantage des métiers de conception puisque la production est effectuée à domicile à l’aide de machines. La réelle valeur ajoutée des marques réside donc dans la créativité et l’imagination (chacun peut en effet créer ses propres meubles, chaussures ou vases. On parle d’ « économie humaine de la conception », en opposition à l’ « économie robotisée de la fabrication ».

Les lieux dans lesquels on se rend pour travailler sont plus des lieux d’échange et d’inspiration que des « bureaux de société » en tant que tels. Les expertises et profils y sont très variés. Les réseaux et communautés de travailleurs ont aussi un rôle très important pour l’apprentissage collaboratif et la vélocité.

Par rapport aux années 20, le monde professionnel est donc plus créatif, plus varié, plus collaboratif, plus fun et plus épanouissant !

Les questions que ce futur pose :

Le monde du travail en 2050 semble bien rose, mais ce futur professionnel soulève bien des questionnements : si nos bots cérébraux finissent par transmettre nos pensées aux marques pour des enjeux marketing (peut-être même sans que nous le sachions !), qu’en est-il de la sécurité de nos pensées ? Et de la propriété intellectuelle ? De plus, si des régimes totalitaires utilisent ces mêmes méthodes pour développer un discours qui amadouerait tout un peuple… on touche rapidement du doigt les limites de ces avancées technologiques ! Et que se passera-t-il si nos bots cérébraux se font hacker ?

Par ailleurs, si les équipes tendent à être géographiquement éclatées dans des centres de partage multidisciplinaires, il sera plus compliqué d’avoir une identité d’entreprise avec des valeurs communes partagées entre les collaborateurs ! Surtout s’ils travaillent pour de nombreuses entreprises en même temps !

La semaine prochaine… découvrez à quoi ressemblera l’éducation en 2050 !

Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir le quatrième épisode de notre série prospective Ma vie en 2050. Réalité virtuelle, expertisation de la profession, formation continue, et bien d’autres thèmes sont au programme ! Bonne réflexion d’ici-là ! J

Qu’est-ce qui nous a fait imaginer ce futur ? Signaux faibles : exemples et projets en cours

Insight #1 : les hologrammes intégrés dans la pièce – présentation du projet de Magic Leap pour Star Wars

Magic Leap, la startup de réalité augmentée qui fait beaucoup parler d’elle ces dernières années a dévoilé une vidéo présentant leur projet holographique stupéfiant ! Nous imaginons qu’en 2050 nous pourrons faire des conférences holographiques avec nos collègues qui seront alors virtuellement présents dans la pièce. Cette technologie éliminerait alors bien des freins socioculturels attachés à la téléconférence telle que nous la connaissons en 2016.

(retour à l’article)

les hologrammes dans notre salon

Insight #2 : La Tilt Brush pour réaliser des croquis en 3D – projet de Google

La Tilt brush permet de dessiner et peindre en 3D en quelques instants grâce à un casque de réalité virtuelle et une brosse connectée. Demain, nous pourrons réaliser l’expérience sans casques, pour pouvoir l’utiliser encore plus librement (à la manière dont nous faisons spontanément des dessins à main levée pour expliquer un concept aujourd’hui en 2016).

(retour à l’article)

réalité virtuelle

Insight #3 : Des bots cérébraux – prévision de Ray Kurzweil

Les bots cérébraux c’est pour demain ! Kurzweil a établi une théorie selon laquelle le cerveau humain fonctionne sur des motifs et schémas qui peuvent être analysés puis transcrits en programmations informatiques. Il explique dans sa conférence TED que nous aurons dans quelques années des nanobots qui circuleront dans notre cerveau, connectant notre cortex à un néocortex virtuel situé dans le cloud. Selon lui, nous pourrons même uploader les informations de notre conscience sur le cloud !

(retour à l’article)

projet de Ray Kurzweil

Insight #4 : Des emballages à base de champignons – projet Ecovative

Ecovative a développé un nouveau type de matériau qui peut remplacer les emballages plastiques, le papier bulle, les planches de bois, le carton, le polystyrène, etc. d’une manière totalement écologique ! En proliférant autour de composants agricoles comme du coton, du blé ou du maïs, le mycélium, bactérie végétale, fusionne avec ces matières et prend la forme désirée avant de se rigidifier. Demain, nous imaginons que nous aurons à domicile des bacs de culture de mycéliums pour pouvoir emballer ou protéger nos objets.

(retour à l’article)

emballage à partir de champignons

Insight #5 : L’imprimante multi-matériaux – projet de la startup Pollen AM

L’impression 3D est selon vous restreinte à l’usage d’un unique matériau ? Détrompez-vous ! La startup Pollen AM a mis au point une machine permettant de fabriquer des pièces avec quatre matériaux différents en simultané… En 2050, la technologie aura évolué et le nombre sera probablement bien plus important !

(retour à l’article)

Machine PAM

Insight #6 : L’impression 3D de verre transparent – projet du MIT

Au MIT, l’équipe du Glass Lab a conçu une imprimante 3D – nommée “Glass 3D Printing” (G3DP) – qui permet d’obtenir des objets en verre transparent.

(retour à l’article)

l'impression 3D sur verre

Insight #7 : L’impression 3D de métal – projet de Cresilas

Désormais capable de fabriquer des pièces en métal aussi résistantes que celles obtenues par les techniques de fonderie et d’usinage, l’impression 3D par fusion laser directe de métal (DMLS) permet de réduire le temps de fabrication d’une pièce complexe.

(retour à l’article)

projet Cresilas

Insight #8 : L’impression 3D de céramique – projet de la société japonaise Aspect

Par ailleurs, l’entreprise japonaise Aspect a développé la solution 3DCeram qui permet d’imprimer de la céramique en 3D.

(retour à l’article)

impression 3D de céramique

Waouh, ce sujet m’intéresse : parlons-en !

Inspirez-moi encore !

2018-07-28T09:54:03+00:00

About the Author:

Caroline Ailleret
Spéléologue du web, cueilleuse d'innovations & chercheuse prospective Passionnée du monde qui nous entoure et sa mutation incessante ! De formation sémiologique, Caroline aime décrypter notre société contemporaine pour en comprendre les enjeux et les orientations futures.